Le déploiement du haut débit se heurte à un problème administratif
Des milliards de fonds publics sont consacrés au déploiement du réseau de fibre optique, et la politique est en place. Sa mise en œuvre dépend des services administratifs chargés de coordonner les travaux, et c’est là que la capacité détermine le rythme des travaux.
Le financement est assuré
Les gouvernements d'Amérique du Nord et d'Europe ont débloqué des fonds sans précédent pour le déploiement du haut débit. Les États-Unis ont alloué 42,45 milliards de dollars dans le cadre du programme « Broadband Equity, Access, and Deployment ». Le Fonds universel pour le haut débit du Canada a engagé 3,225 milliards de dollars pour connecter les communautés mal desservies. Le programme « Décennie numérique » de l'Union européenne vise une couverture totale en gigabit d'ici 2030, soutenue par des dizaines de milliards d'investissements publics et privés.
Les fonds sont disponibles, les cadres politiques sont en place, et les communautés rurales et mal desservies attendent depuis des années de bénéficier d’une connexion fiable. Les délais de déploiement continuent de prendre du retard. Les fonds BEAD, dont le versement était prévu en 2024, en étaient encore au stade de la planification au niveau des États en 2026. L’objectif du Canada, qui consistait à connecter 98 % des foyers d’ici 2026, a été repoussé. L’objectif de l’UE pour 2030 semble ambitieux au vu des rythmes de déploiement actuels.
Les retards liés aux autorisations et les contraintes de la chaîne d'approvisionnement sont généralement les explications avancées, et ces deux facteurs sont bien réels. Un troisième goulot d'étranglement réside dans les systèmes administratifs chargés de coordonner les travaux de construction.
Que se passe-t-il après la signature du contrat ?
La mise en place d'un réseau haut débit à grande échelle implique des dizaines d'éléments à coordonner, bien au-delà de la simple pose de fibre optique. Un tel déploiement peut mobiliser un maître d'œuvre, trois à cinq sous-traitants, un bureau d'études, un coordinateur des autorisations et un fournisseur de matériaux, travaillant sur des centaines de kilomètres et dans des dizaines de communes, souvent simultanément.
Une fois le contrat signé et la conception approuvée, les travaux opérationnels commencent. Les ordres de travail sont créés, attribués et suivis jusqu’à leur achèvement. Les matériaux sont achetés, réceptionnés dans les entrepôts, remis aux équipes de terrain et leur inventaire est rapproché des rapports d’installation. Les permis sont obtenus auprès de chaque commune, leur parcours est suivi jusqu’à leur validation et ils sont vérifiés avant que les travaux n’atteignent chaque tronçon. Les dossiers « tel que construit » sont transmis à l’exploitant du réseau, et le contrôle qualité vérifie que ce qui a été construit correspond bien aux plans. L’ensemble de ce processus implique des entrepreneurs qui peuvent être en concurrence en dehors du cadre de ce projet.
Les organisations chargées de ces travaux de déploiement savent comment poser la fibre optique. C’est le back-office qui détermine le rythme : il s’agit d’un système qui coordonne en un seul et même endroit ce volume de travaux menés simultanément, impliquant plusieurs parties prenantes et répartis géographiquement.
Le coût des outils non connectés
Lorsque les services administratifs s'appuient sur des tableurs et des outils disparates, chaque tâche de coordination nécessite le temps nécessaire au transfert d'informations entre ces derniers.
Rapprochement des stocks. Un entrepôt suit les expéditions dans un tableur, un coordinateur suit les matériaux délivrés dans un autre, et les intervenants sur le terrain déclarent les matériaux installés dans un troisième. Pour les rapprocher, il faut une personne qui compare les trois. Sur un petit projet, cela prend un après-midi. Dans le cadre d’un déploiement s’étendant sur des centaines de kilomètres et impliquant cinq sous-traitants, cela représente un poste à temps plein qui accumule du retard.
Suivi des permis. Chaque commune dispose de sa propre procédure, de son propre calendrier et de son propre portail. Un coordinateur tient à jour un tableau de suivi comportant une ligne par permis et par commune. Un permis validé est transmis par e-mail du coordinateur au chef de projet, puis au chef d'équipe et enfin à l'équipe. Un permis arrivant à expiration doit être repéré avant que les travaux n'atteignent la section concernée.
Visibilité entre sous-traitants. Les sous-traitants appartenant au même réseau doivent avoir accès à une partie suffisante du travail de chacun pour éviter les conflits, tout en préservant la confidentialité du reste. Avec les tableurs, cette limite dépend de la personne qui reçoit tel ou tel fichier.
Remise du dossier de fin de travaux. Lorsqu'un tronçon est achevé, l'opérateur du réseau a besoin d'un dossier de fin de travaux précis. Constitué plusieurs semaines plus tard à partir de notes de terrain, de photos et de relevés GPS, ce dossier oblige le dessinateur à reconstituer l'ouvrage à partir de fragments.
Rapports d'avancement. Les bailleurs de fonds, qu'ils soient publics ou privés, exigent des rapports d'avancement réguliers. Les données étant réparties dans les feuilles de calcul de plusieurs prestataires, chaque rapport nécessite de rassembler cinq sources, de harmoniser différentes méthodes de comptage et d'expliquer les écarts constatés.
Chaque tâche peut être résolue séparément, mais, mises bout à bout, elles s'accumulent. Les heures consacrées au rapprochement sont soustraites au temps dédié à la coordination des travaux, et un tableur qui prend du retard fait naître un risque qui se manifeste plusieurs semaines plus tard.
Les besoins du back-office
Le défi opérationnel lié au déploiement à grande échelle du haut débit est celui auquel est confronté tout projet d'infrastructure impliquant plusieurs parties prenantes et s'étendant sur un vaste territoire. Les exigences sont claires, et pour y répondre, il faut disposer d'un système adapté.
Une carte partagée. Tous les intervenants ont accès au même réseau (tracés de câbles, points d'épissure, fixations sur poteaux), avec des règles d'accès qui déterminent qui peut voir le travail de qui.
Suivi des matériaux, de l'entrepôt jusqu'à l'installation. Chaque transfert est enregistré au fur et à mesure. Les sorties sont liées à un ordre de travail, les consommations à un rapport d'installation, et le rapprochement s'effectue sur simple requête.
Statut du permis parallèlement à l'état d'avancement des travaux. Le permis et l'ordre de travail qu'il autorise sont gérés dans le même système. Une équipe se rend sur un chantier dont le permis a déjà été validé.
Dossiers de mesure d'exécution versionnés. La carte évolue de la phase de conception à la phase d'exécution au fur et à mesure de l'avancement des travaux ; chaque modification est vérifiée avant sa mise en ligne, et la provenance de chaque élément est consignée.
Rapports d'avancement basés sur des données en temps réel. Les rapports destinés aux bailleurs de fonds sont établis à partir des mêmes données que celles utilisées par l'équipe de projet dans le cadre de son travail. Un seul ensemble de chiffres, accessible à tout moment.
Séparation des prestataires sur les données partagées. Plusieurs prestataires sur une même plateforme, partageant les couches qu'ils doivent partager et séparés là où cela s'avère nécessaire.
Ces exigences ne sont pas nouvelles, mais l’ampleur du projet, elle, est inédite. La mise en place d’un réseau de fibre optique de cent kilomètres, impliquant cinq sous-traitants et quarante communes, nécessite une structure administrative adaptée à cette envergure. Les organisations qui parviennent à relever ce défi construisent plus rapidement et consacrent une plus grande partie de leurs fonds à la pose de la fibre optique.
Résumé
- Les financements publics consacrés au haut débit atteignent des niveaux historiques : 42,45 milliards de dollars aux États-Unis via le programme BEAD, 3,225 milliards de dollars au Canada via le programme UBF, et plusieurs dizaines de milliards supplémentaires à travers l’Europe.
- Les délais de déploiement prennent du retard. Les procédures d’autorisation et les chaînes d’approvisionnement constituent des obstacles réels, et la coordination administrative représente un troisième goulot d’étranglement.
- Un projet de déploiement implique un maître d’œuvre, des sous-traitants, des fournisseurs, des coordinateurs chargés des autorisations et des opérateurs de réseau, qui ont tous besoin d’une visibilité coordonnée sur les mêmes données de projet.
- L’utilisation d’outils disparates rend chaque tâche de coordination chronophage : rapprochement des matériaux, suivi des autorisations, visibilité sur les sous-traitants, constitution des plans « tel que construit » et rapports d’avancement.
- Le back-office a besoin d’une carte partagée unique, dotée de règles d’accès, permettant le suivi des matériaux de l’entrepôt jusqu’à l’installation, l’affichage du statut des permis parallèlement à l’avancement des travaux, la gestion des plans « tel que construit » versionnés, la génération de rapports d’avancement en temps réel et la séparation des données par entrepreneur sur une base commune.
- Les organisations qui résolvent ces problèmes de back-office construisent plus rapidement et consacrent une plus grande partie de leurs fonds au déploiement de la fibre optique.